Diversifier l’alimentation des bovins avec des algues pour réduire les rejets de gaz à effet de serre

Nous savons depuis un certain temps que les bovins sont des producteurs conséquents de gaz à effet de serre. Selon une étude parue récemment dans la revue Plos One, introduire dans leur alimentation conventionnelle des algues pourrait constituer une solution pérenne pour diminuer leur impact environnemental.

Le CH4, qui a l’avantage d’être moins persistant dans l’atmosphère que le CO2, présente l’inconvénient d’être beaucoup plus réchauffant. Et malheureusement, ses émissions n’ont fait que progresser cette dernière décennie.

Deux scientifiques, Ermias Kebreab, professeur au College of Agricultural and Environmental Sciences de Californie, et Breanna Roque, sa doctorante en biologie, sont déjà parvenues dans le cadre d’une précédente étude à réduire de plus de 50 % les émissions de ce gaz à effet de serre émanant des vaches laitières en complétant leur alimentation par des algues pendant deux semaines.

Plus récemment, les deux scientifiques ont organisé une expérience différente. En 2020, Kebreab et Roque ont ajouté au quotidien de petites quantités d’algues à l’alimentation de 21 bovins dits de boucherie.  Kebreab et Roque ont suivi la prise de poids et les émissions de CH4 de ces bovins, de leurs premières semaines de vie dans les pâturages jusqu’à leurs derniers jours passés dans les parcs d’engraissement, soit durant 5 mois.

Les bêtes ayant consommé des doses d’environ 80 grammes d’algues ont pris autant de poids que les autres bovins soumis à l’expérience, à la différence près qu’ils ont rejeté 82 % de méthane en moins dans l’atmosphère. Comment expliquer ce phénomène ? L’algue a tout simplement la capacité d’inhiber une enzyme du système digestif de la vache qui contribue à la production de méthane.

Des tests gustatifs ont été effectués, dans le but d’évaluer la saveur de la viande de boeuf nourri aux algues. Le goût de cette viande s’avère identique à la viande de boeuf nourri de manière traditionnelle. Des tests similaires mis en oeuvre sur des bovins laitiers ont montré que l’introduction des algues dans le régime alimentaire des bovins laitiers n’avait aucune incidence sur le goût du lait.

Nous avons maintenant des preuves solides que les algues dans l’alimentation du bétail sont efficaces pour réduire les gaz à effet de serre et que cette efficacité ne diminue pas avec le temps”, a déclaré Kebreab. Cette découverte “pourrait aider les agriculteurs à produire de manière durable le bœuf et les produits laitiers dont nous avons besoin pour nourrir le monde”, a ajouté Mme Roque.

Les gaz à effet de serre sont une cause majeure du changement climatique, et le méthane compte parmi les gaz à effet de serre les plus puissants. Aux Etats-Unis, l’agriculture est responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre, dont la moitié provient des vaches et d’autres ruminants qui crachent du méthane et d’autres gaz tout au long de la journée en digérant des fourrages tels que l’herbe et le foin.

Le bétail étant la principale source agricole de gaz à effet de serre, nombreuses sont les personnes qui ont suggéré aux gens de consommer moins de viande pour lutter contre le changement climatique. Kebreab recommande de son côté d’optimiser l’alimentation des bovins.

“Seule une infime partie de la terre est adaptée à la production végétale”, explique-t-il. “Beaucoup plus de terres ne conviennent qu’au pâturage, de sorte que le bétail joue un rôle essentiel pour nourrir les 10 milliards de personnes qui seront amenées à vivre sur la Terre. Comme une grande partie des émissions de méthane du bétail provient de l’animal lui-même, la nutrition joue un rôle important dans la recherche de solutions” conclut-il.

Pour autant, les scientifiques sont confrontés à deux défis majeurs. Le type d’algue – Asparagopsis taxiformis – utilisé dans les tests n’est pas présent en abondance pour une application à grande échelle. Autre challenge à relever : comment les éleveurs peuvent-ils fournir des suppléments d’algues au bétail qui paît en plein air ? Cela tombe bien, c’est le sujet de la prochaine étude de Kebreab.