Les lobbys alimentaires exercent une forte pression sur la santé publique

Une nouvelle étude parue cette semaine à l’occasion la Semaine mondiale d’action sur les maladies non transmissibles (MNT) montre que la réglementation mondiale de la santé publique destinée à lutter contre la nourriture malsaine, un facteur de risque clé pour les MNT, est contestée en permanence par le lobby agroalimentaire.

Les MNT, qui englobent entre autres les cancers, diabètes, maladies chroniques et AVC sont responsables d’environ 70% des décès comptabilisés à l’échelle mondiale. Pourtant, les observateurs s’accordent à dire qu’il y a une incapacité à mettre en œuvre une action coordonnée et ciblée pour lutter contre ce phénomène, comme en témoigne la crise actuelle de l’obésité.

Les auteurs de cette nouvelle recherche ont examiné toutes les réponses de l’industrie agroalimentaire aux consultations initiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la politique en matière de MNT entre septembre 2015 et septembre 2018. Ce sont en l’occurrence des chercheurs de l’Université britannique de Bath qui ont collaboré avec des chercheurs des universités d’Edimbourg et de São Paulo, ainsi que des membres l’Association mondiale de nutrition pour la santé publique.

Selon eux, en dépit d’une rhétorique de soutien à la santé publique, les groupes de l’industrie alimentaire s’opposent constamment à des réglementations efficaces telles que l’instauration de taxes et l’application de restrictions de commercialisation. A titre d’illustration, le Conseil international des associations de boissons qui représente l’industrie des boissons non alcoolisées a remis en question le lien bien établi entre les boissons sucrées et l’obésité : “Au-delà de leur contribution à l’apport calorique total, les preuves scientifiques montrent que les boissons sucrées n’ont pas d’effet unique sur le poids corporel” a expliqué en substance cette organisation.

Les auteurs de l’étude suggèrent que les arguments employés par le lobby agroalimentaire sont analogues à ceux utilisés par les cigarettiers quand l’OMS a commencé à prendre des mesures plus fortes pour réglementer le tabagisme au début des années 2000. 

Parmi les “Objectifs de Développement Durable (ODD)” établis par l’OMS, on compte l’ODD 3 qui vise à réduire d’un tiers la mortalité prématurée due aux MNT d’ici 2030. Dans cette étude, les chercheurs oppose cet objectif et celui de l’ODD 17, qui favorise les partenariats public-privé. Des groupes de pression ont même tiré parti de l’ODD 17 pour nuire au développement d’un outil imaginé par l’OMS qui est destiné à aider les États membres à protéger les programmes de nutrition contre les conflits d’intérêts.

Selon Lucy Westerman de l’ONG NCD Alliance, “cette analyse est extrêmement bienvenue et instructive.” Il est bien clair selon elle que ces lobbys “sapent les efforts visant à garantir à tous l’accès à une alimentation saine et nutritive.”