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L’affaire du col de Dyatlov, un mystère résolu par la science

L’affaire du col de Dyatlov, un immense mystère qui a donné lieu à bien des spéculations et fait fantasmer les amateurs de surnaturel, aurait été éclairci par la science. Deux chercheurs ont présenté un article qui apporte des réponses plus que plausibles.

Le drame du col de Dyatlov

Découverte du camp par l’expédition de secours.

Le 23 janvier 1959, dix personnes descendent d’un train dans une petite station du nord de l’Oural, Ivdel, et s’aventurent dans la nature. Ce sont neuf étudiants de l’institut polytechnique de l’Oural et leur professeur, Igor Dyatlov, un vétéran de la seconde guerre mondiale. Ils sont venus faire une randonnée sportive, mêlant alpinisme et skis, dans cette région sauvage et glaciale.
Victime de douleurs articulaires, un des étudiants rebrousse chemin. Les autres, sept hommes et deux femmes, poursuivent leur périple.

L’expédition était censée envoyer un télégramme à l’université à son retour, le 12 février. Le télégramme n’arrivera jamais. Les responsables universitaires ne donnent pas l’alerte immédiatement, supposant un retard, très fréquent dans ce type d’aventure.

Ce n’est que le 20 février qu’une expédition de secours est montée, d’abord par l’université, rejointe ensuite par l’armée et la police. Le 26 fevrier, l’expédition de secours parvient à localiser le camp, qui est abandonné. Toutes les affaires des randonneurs s’y trouvent, comme si ils avaient dus partir en urgence. Certaines tentes sont déchirées de l’intérieur, comme si leurs occupants avaient voulu en sortir rapidement, manifestement pour certains en sous-vêtements.

Poursuivant leurs investigations, les secouristes découvrent d’abord 2 corps, autour d’un feu de camp de fortune, plusieurs centaines de mètres plus loin, puis deux autres qui semblent avoir trouvé la mort au moment où ils essayaient de regagner le camp. Les recherches se poursuivront plusieurs mois, le dernier corps ne sera retrouvé que le 5 mai.

Les photographies et journaux trouvés sur place dateront les évènements de la nuit du 1 au 2 fevrier. L’expédition a monté son camp tout à fait normalement, sur une pente, avant d’être surprise par quelque chose tard dans la nuit. Certains sont morts de froid, mais d’autres corps présentent des blessures étranges, tranchantes et contondantes.

Le mystère est devenue l’affaire du col de Dyatlov, et, pendant 62 ans, entretiendra les fantasmes les plus fous : expérience secrète de l’armée, attaque d’un yéti, expérience extraterrestre… Le mystère est encore attisé par le secret entretenu par les autorités. L’URSS, à cette époque de guerre froide, appréciait peu de voir se répandre l’histoire d’un phénomène mystérieux qu’elle ne maîtrisait pas.

La science au secours de Dyatlov

Monument en mémoire des neuf victimes.

La solution pourrait venir de deux scientifiques Suisses. Alexander Puzrin, ingénieur en géotechnique à l’ETH Zürich, l’un des instituts fédéraux suisses de technologie, et Johan Gaume est le directeur du Snow Avalanche Simulation Laboratory (Laboratoire de simulation des avalanches) de l’EPFL, un autre institut fédéral suisse de technologie basé à Lausanne.

Puzrin est d’origine Russe, mais n’a entendu parler qu’il y a dix ans de l’affaire du col de Dyatlov. Les deux hommes se rencontrent en 2019, précisément au moment où la Russie rouvrait l’enquête sur le col de Dyatlov.

Cette enquête a d’ailleurs conclu à une avalanche. Les blessures relevées sur les cadavres correspondent parfaitement à celles que l’on pourrait trouver dans une avalanche remplie de projectiles tranchants (pierres, morceaux de glace dure). Mais elle ne répondait pas à deux questions : la pente était-elle suffisante pour permettre cette coulée, et surtout, les conditions étaient-elles réunies ?

La réponse de Puzrin et Gaume est la théorie de l’avalanche retardée. Les deux chercheurs balaient d’abord, à l’aide de mesure, l’hypothèse de la pente insuffisante pour déclencher une avalanche : même si la neige gomme son apparence, la pente rocheuse est de trente degrés, amplement suffisante.

Les deux scientifiques réalisent ensuite des modèles informatiques, se basant sur des éléments très précis, météorologiques et topographiques.

Leur travail de recherche donne même lieu à une anecdote amusante : les deux chercheurs ont été rencontrer un des plus grands spécialistes mondiaux de la simulation informatique de la neige, qui n’est autre qu’un… Animateur pour Walt Disney qui fait partie de l’équipe de la Reine des Neiges.

Pour les blessures, les deux chercheurs se sont tournés vers General Motors, qui a fait des simulations de blessures tranchantes et contondantes sur cent cadavres, dans le cadre d’une recherche sur les accidents de la route. Les simulations ont montré des similarités de conditions.

Le scénario

Le déroulement de ce qui s’est passé au col de Dyatlov devient alors clair.

En début de soirée, l’équipe arrive au lieu où elle choisit d’installer son campement. Il y a une forêt plus loin, mais le professeur, dans le plus pur style de l’Union Soviétique, veut apprendre à ses élèves à affronter des conditions difficiles.

L’équipe déblaie la neige autour de son camp, fragilisant le manteau neigeux. Il ne neige pas, mais plus haut, le vent souffle, accumulant de la neige au sommet de la pente et accentuant la pression sur l’ensemble de la plaque.

Au milieu de la nuit, un bloc de neige congelé se brise. Il fait au moins cinq mètres de long et est dur comme de la pierre. Ils glisse sur la pente, de plsu en plus vite, entraînant avec lui un nuage de neige, dans un grand fracas.

Une partie de l’équipe se réveille à temps et parvient à fuir. Dans la nuit et la panique, ils s’éloignent parfois un peu trop du camp et mourront de froid. Une autre partie de l’équipe est fauchée par la plaque de neige, qui les entraînera sur sa trajectoire là où ils ont été retrouvés.

Cette hypothèse et la simulation informatique qui en a été tirée correspondent parfaitement avec tous les éléments relevés par l’équipe de secours lors de son arrivée.

Alexander Puzrin et Johan Gaume sont, à ce jour, les deux seuls à avoir fourni une hypothèse qui réponde parfaitement à toutes les questions soulevées par l’affaire du col de Dyatlov. Si elle ne satisfera ceux qui tiennent à l’explication surnaturelle, en ce qui concerne la science, en revanche, l’affaire est classée.

Source : Mechanisms of slab avalanche release and impact in the Dyatlov Pass incident in 1959