Trous noirs : l’année du Sagittaire

Sagittarius A*, le trou noir central de la Voie Lactée, a connu une année 2019 agitée. Après un sursaut d’activité inexpliquée en mai dernier, le géant de quatre millions de masses solaires a éjecté une étoile de notre galaxie.

Le trou noir sans visage

Ça n’a finalement pas été lui. Le 10 avril 2019, l’équipe du Event Horizon Telescope a dévoilé la toute première photo d’un trou noir. Alors que l’on attendait Sagittarius A*, le trou noir central de la Voie Lactée, c’est finalement celui de la galaxie M87 qui s’est dévoilé.

Ceci s’explique par une question de position. Tout simplement, les astronomes du télescope virtuel pouvaient observer M87 par le dessus, tandis que notre position dans la voie lactée n’en offrait qu’une vue latérale, avec tout ce que cala implique d’obstacles sur le chemin de la lumière. Ajoutez à cela une instabilité du trou noir du Sagittaire, une technologie à affiner, et l’on obtenait la recette de la photo impossible.

Tout espoir n’est pas perdu pour autant : l’expérience apportée par la première photo aux équipe de l’EHT et des créneaux d’observation propices dans un futur proche font que l’on peut espérer avoir un visuel de « notre » trou noir avant cinq ans.

Si l’objet reste invisible, son environnement proche nous est accessible, donnant de bonnes indications sur son activité. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que Sagittarius A* na pas chômé

Un pic d’activité

Le 13 mais, des astronomes venus étudier le trou noir de la Voie Lactée en infrarouges n’en croient pas leurs yeux : ce dernier émet 75 fois plus de lumière que d’habitude. Il est bien entendu ici question du disque d’accrétion, toute activité se déroulant au-delà de l’horizon des événements étant, par nature, inaccessible.

Deux hypothèses ont été émises par les équipes scientifiques qui se sont penchées sur le phénomène.

La première a pour nom S0-2, une étoile distant d’à peine 17 heures lumière de Sagittarius A* (soit 120 unités astronomiques), et qui constituera sans doute son prochain repas. Les perturbations gravitationnelles engendrées par le passage de l’étoile auraient pu précipiter une partie du disque d’accrétion de Sagittarius A* vers son horizon des événements, les gazs atteignant une vitesse gigantesque et entrant en surchauffe juste avant de franchir le point fatidique.

La seconde est un nuage de poussière, nommé G2 (dont l’existence est seulement supposée) qui aurait été happé par le trou noir supermassif après l’avoir frôlé à 36 heures lumière il y a cinq ans. Ledit nuage de gaz serait, lui aussi, entré en rotation rapide, entraînant une chauffe de plusieurs smillions de degrés, avant de franchir l’horizon des événements.

Si tout ceci a été observé en mai 2019, il ne faut toutefois pas perdre de vue que ces événements se sont produits il y a 26 000 ans. Le temps que la lumière nous parvienne…

Billard cosmique

Après ces événements roboratifs, Sagittarius A* s’est offert une petite partie de billard, sans doute pour digérer. Évidemment, une partie de billard galactique jouée par un trou noir supermassif est très différente d’un snooker entre amis.

Une équipe d’astronomes a publié, en novembre dernier, dans la revue mensuelle Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, un article faisant été d’une étoile, située à 29 000 années lumières de nous, qui quittait la galaxie à la vitesse vertigineuse de 1800 kilomètres par seconde.

Baptisée S5-HVS1, cette étoile dont la masse n’est pas précisément déterminée, s’est avérée provenir, selon sa trajectoire, du centre de la galaxie. L’hypothèse la plus probable, est qu’elle faisait partie d’un système binaire, qui a été attiré par Sagittarius A*. Sa binôme a été absorbée par le trou noir supermassif, il y a de cela 4,8 millions d’années, tandis que S5-HVS1 était expulsée par la soudaine libération du champ gravitationnel de sa conjointe et l’accélération prise aux environs du trou noir.

S5-HVS1 quittera notre galaxie dans 100 millions d’années. Elle continuera sa route et mourra, se transformant en naine blanche, dans l’espace intergalactique, condamnée à une solitude infinie.

Et en 2020 ?

Qu’attendre de Sagittarius A* en 2020 ? On ignore si l’équipe de l’EHT compte refaire une tentative sérieuse pour photographier le trou noir central de notre galaxie. Des tests seront faits, mais quels en seront les résultats…

Mais si avoir un portrait de « notre » trou noir n’a jamais semblé si proche, le géant semble avoir une capacité importante à surprendre.