Close up Nicotiana tabacum, the Common tobacco is an annually-growing herbaceous plant

Non, la nicotine n’est pas cancérigène

De nombreux sondages démontrent que le grand public a une mauvaise perception des effets de la nicotine sur la santé. En 2017 par exemple, une analyse [1] réalisée par le Center for Tobacco Products de la Food & Drug Administration (FDA) démontrait qu’aux Etats-Unis, 73 % des personnes interrogées « croyaient à tort que la nicotine est la principale substance contenue dans les cigarettes qui cause le cancer ».  Pourtant, s’il est avéré que la consommation de cigarettes combustibles augmente les risques de cancers, la littérature scientifique s’accorde à dire que non, ce n’est pas la nicotine qui cause ces maladies.

Comprendre le fonctionnement de la nicotine

La nicotine est un composé organique (alcaloïde) naturellement présent dans les feuilles de tabac. Elle représente la principale substance psychoactive de la plante. En partie responsable d’entrainer la dépendance tabagique, elle agit directement sur le cerveau de ses consommateurs, en s’attachant notamment aux récepteurs cholinergiques, qui favorisent l’émission de certains neurotransmetteurs tels que la dopamine, molécule biochimique connue pour influencer l’humeur de façon positive.

Mais la nicotine aurait également d’autres effets sur le cerveau. En effet, la molécule diminuerait par exemple, les probabilités d’être atteint de certains troubles neurologiques, tels que la maladie de Parkinson.

Les effets de la nicotine sur le cerveau

Les effets de la nicotine sur le cerveau ont été découverts dès 1966, par l’épidémiologiste Harold Kahn, exerçant à l’époque au National Institutes of Health. En effet, après s’être penché sur les données d’assurance maladie de 293 658 anciens combattants ayant servi dans l’armée américaine entre 1917 et 1940, il a confirmé une relation entre tabagisme et mortalité qui, même au milieu des années 1960, n’était plus un secret pour personne. Mais cette relation n’a pas été sa seule découverte. En continuant d’analyser ses données, le scientifique a également remarqué que le nombre de décès dus à la maladie de Parkinson, était 3 fois plus important chez les soldats non fumeurs, que chez les soldats qui consommaient des cigarettes.

Ce fait a pu être expliqué quelques années plus tard, au milieu des années 1970, lorsque d’autres neuroscientifiques, tels que Maryka Quik, ont découvert [2] que la nicotine s’intègre dans les récepteurs du neurotransmetteur acétylcholine, telle « une clé dans une porte ».

Ainsi, en franchissant certaines de ces « portes », la nicotine s’est révélée être capable d’agir sur d’autres familles de récepteurs, atténuant ou amplifiant leur fonctionnement. Paul Newhouse, directeur du Center for Cognitive Medicine de la Vanderbilt University School of Medicine, explique [3] ainsi que « les récepteurs nicotiniques du cerveau semblent fonctionner en régulant les autres systèmes récepteurs. Si vous avez sommeil, la nicotine a tendance à vous rendre plus alerte. Si vous êtes anxieux, ça a tendance à vous calmer ».

Une autre étude, réalisée sur 67 personnes, a quant à elle révélé que la nicotine pourrait protéger contre les premiers stades de la maladie d’Alzheimer. Selon ses résultats, « des améliorations significatives de l’attention, de la mémoire et de la vitesse psychomotrice » ont été associés à la prise de la molécule, chez des personnes atteintes d’une déficience cognitive légère, dans laquelle la mémoire est légèrement altérée, mais la prise de décision et les autres capacités cognitives demeurent à des niveaux normaux.

Enfin, d’autres travaux scientifiques, notamment réalisés par Jennifer Rusted, professeure de psychologie expérimentale à l’Université Sussex, en Grande-Bretagne, ont révélé que la nicotine peut avoir un effet sur la mémoire prospective. Une amélioration de l’ordre de 15 % selon la chercheuse. Pour elle, la molécule permettrait de « redéployer son attention plus rapidement, en passant d’une tâche en cours à la cible ». Autrement dit, la nicotine permettrait d’améliorer le contrôle cognitif, c’est-à-dire écarter les stimuli non pertinents, afin d’améliorer l’attention sur ce qui l’est.

La nicotine est souvent accusée à tort dans les maladies liées au tabagisme

Non, la nicotine ne cause pas de cancer. C’est principalement le goudron et la soixantaine de composés cancérogènes contenus dans la fumée qui sont à l’origine des principales maladies liées au tabagisme.

Comme le rappelle [4] le New York State Smokers’ Quitline (NYSSQL), service du New York State Department of Health Tobacco Control Program, « non, ce n’est pas la nicotine dans la fumée de cigarette qui cause le cancer, mais le goudron. La nicotine est une drogue qui crée une dépendance et vous incite à fumer, mais ce sont les autres produits chimiques nocifs contenus dans les cigarettes qui rendent le tabagisme si dangereux ».

Une affirmation prouvée à de nombreuses reprises par plusieurs études, dont celle de Robert P. Murray &Al [5], ayant notamment étudié les probabilités de développer un cancer lors de la prise de substituts nicotiniques, par rapport à la consommation de cigarettes. Des recherches étant toutes arrivées à la même conclusion. Tandis qu’être fumeur augmente drastiquement les chances de développer un cancer, prendre des médicaments contenant uniquement de la nicotine, sans les nombreuses substances toxiques présentes dans la fumée de cigarettes, n’augmente en aucun cas les probabilités de développer une maladie.

Des conclusions que l’on retrouve également dans l’étude [6] de Tore Sanner et Tom K. Grimsrud, datant de 2015, qui indique que si la nicotine « affecte négativement les cellules dendritiques, un type de cellules qui a un rôle important dans l’immunosurveillance anticancéreuse (…) il n’est pas possible de conclure que la nicotine elle-même peut agir comme un cancérogène complet ».

Les plus importantes organisations de santé publique restent rassurantes

Et nombreux sont les organismes de santé publique qui, comme la FDA, martèlent que ce n’est pas la nicotine qui cause les nombreuses maladies auxquelles s’exposent les fumeurs.

« Les gens fument parce qu’ils sont dépendants de la nicotine, mais la nicotine elle-même n’est pas particulièrement dangereuse ; ce sont les autres constituants de la fumée du tabac qui causent le plus de dommages » – rappelait par exemple le Royal College of Physicians of London en 2008 [7].

Une position partagée par le Centre international de recherche sur le cancer qui explique [8] quant à lui que « la nicotine est un composé chimique répandu que l’on trouve dans les plants de tabac », qui a pour effet de « créer une dépendance au tabac plutôt que de causer le cancer directement ».

Patchs, gommes, vapotage, pas d’inquiétude majeure

Oui la nicotine affecte de différentes manières le corps humain, mais aujourd’hui il est impossible d’affirmer qu’elle est à l’origine de cancers. Un point important à rappeler pour les usagers de médicaments qui contiennent de la nicotine ou encore les vapoteurs devenus nombreux ces dernières années. « Les gens fument pour la nicotine, mais meurent du goudron » écrivait le psychiatre Michael Russel en 1974. C’est sans doute cela qu’il faut avant tout retenir quand on est face à un produit contenant de la nicotine, l’ennemi étant la combustion.

La nicotine pas plus dangereuse que la caféine ?

C’est également une comparaison très développée parmi les experts de l’alcaloïde, qui placent volontiers la nicotine aux côtés de la caféine pour vulgariser ses effets sur la santé. Récemment c’est la très respectable Royal Society for Public Health (RSPH) au Royaume-Uni qui a publié sur son site une note explicative à destination des fumeurs. « La RSPH demande que l’on se préoccupe de la confusion du public au sujet de la nicotine afin d’encourager les fumeurs à utiliser des formes plus sûres de cette substance. Le tabac contient de la nicotine ainsi que de nombreux autres produits chimiques, mais la nicotine en soi est assez inoffensive » explique clairement l’organisme de santé publique britannique, inquiet de constater que 90% des gens pensent encore que la nicotine constitue le danger principal du tabagisme. L’organisation rappelle pour cela un point important : « La nicotine est nocive dans les cigarettes en grande partie parce qu’elle est combinée à d’autres produits chimiques nocifs comme le goudron et l’arsenic, en faisant une substance qui crée une forte dépendance chez les fumeurs. Les cigarettes électroniques et les médicaments pour arrêter de fumer (gomme à mâcher, timbres transdermiques, pastilles à sucer) contiennent de la nicotine, mais pas les substances nocives que l’on retrouve dans les cigarettes. »

Une idée reçue sur les additifs

Une idée reçue voudrait que ce soient les additifs du tabac industriel qui seraient à l’origine des cancers du fumeur. Bien conscient de cette idée reçue, une stratégie marketing des industriels consiste alors à vendre du tabac sans additifs ou à exploiter un vocabulaire qui tourne autour du tabac « naturel ». Dans le même ordre d’idée on pourrait croire que faire pousser son tabac dans son jardin (autorisé par la loi si on n’en fait pas commerce) rendrait sa fumée moins dangereuse.

Or c’est bien la combustion, avec ses milliers de composants dont les composés organiques volatils, nitrosamines, monoxyde de carbone, particules fines ou encore goudrons, qui représentent le principal risque du tabac fumé, comme d’ailleurs de toute substance organique que l’on brûlerait et dont on inhalerait la fumée. Les additifs utilisés dans les cigarettes modernes n’ont que pour unique but de favoriser l’addiction en accélérant notamment la diffusion de nicotine dans le sang où en adoucissant la fumée pour rendre plus facile l’inhalation de la fumée et l’envoyer plus profondément dans le système pulmonaire.


[1] O’Brien EK, Nguyen AB, Persoskie A, Hoffman AC. U.S. adults’ addiction and harm beliefs about nicotine and low nicotine cigarettes. Prev Med. 2017;96:94–100. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2016.12.048

[2] Alpha-bungarotoxin binding and central nervous system nicotinic acetylcholine receptors – R.E.Oswald & J.A.Freeman – Neuroscience Volume 6, Issue 1, January 1981 Pages 1-14 https://doi.org/10.1016/0306-4522(81)90239-6

[3] ScientificAmerican – Will a Nicotine Patch Make You Smarter ? – https://www.scientificamerican.com/article/will-a-nicotine-patch-make-you-smarter-excerpt/

[4] New York State Smokers’ Quitline – Nicotine Facts – https://www.nysmokefree.com/FactsAndFAQs/NicotineFacts

[5] Robert P. Murray, John E. Connett, Lisa M. Zapawa, Does nicotine replacement therapy cause cancer? Evidence from the Lung Health Study, Nicotine & Tobacco Research, Volume 11, Issue 9, September 2009, Pages 1076–1082, https://doi.org/10.1093/ntr/ntp104

[6] Sanner T, Grimsrud TK. Nicotine: Carcinogenicity and Effects on Response to Cancer Treatment – A Review. Front Oncol. 2015;5:196. Published 2015 Aug 31. https://doi.org/10.3389/fonc.2015.00196

[7] The health consequences of smoking, 50 years of progress – Surgeon General – https://aahb.org/Resources/Pictures/Meetings/2014-Charleston/PPT%20Presentations/Sunday%20Welcome/Abrams.AAHB.3.13.v1.o.pdf

[8] La nicotine provoque-t-elle le cancer ? Centre international de recherche sur le cancer – https://cancer-code-europe.iarc.fr/index.php/fr/12-facons/tabac/1164-la-nicotine-provoque-t-elle-le-cancer

[9] Nicotine “no more harmful to health than caffeine” – https://www.rsph.org.uk/about-us/news/nicotine–no-more-harmful-to-health-than-caffeine-.html