Des déchets plastiques pour lutter contre la pénurie de sable

Les personnes soucieuses de l’environnement n’ignorent pas que le sable compte parmi les ressources qui se raréfient significativement. Selon des scientifiques, certains déchets pourraient constituer une réponse à cette pénurie de matière première, ce sont les déchets plastiques, connus pour la pollution qu’ils occasionnent.

Le sable est une ressource ô combien plébiscitée par les industriels, ce sont en partie les professionnels du BTP qui consomment chaque année sur Terre entre 40 et 50 milliards de tonnes de cette matière solide granulaire. S’il recouvre les plages et les déserts aux 4 coins du globe, il n’est pourtant pas disponible en quantité illimitée, loin s’en faut. En effet, le sable constitutif des plages et des déserts s’avère respectivement trop riche en sel et trop lisse pour la production de béton.

 En outre, cette ressource est sollicitée pour la fabrication de “panneaux solaires, de smartphones et d’autres appareils électroniques” selon Shobha Bhatia, professeur d’ingénierie civile et environnementale à l’Université de Syracuse (Italie). En Inde, le phénomène de pénurie est même à l’origine d’une explosion de l’extraction illégale de sable, activité contrôlée par des gangs criminels qui sont entre autres responsables du meurtre du journaliste d’investigation Jagendra Singh en 2015.

Pour lutter contre la pénurie et favoriser le recyclage des déchets, on pourrait tirer profit des nombreux déchets plastiques générés sur la Terre selon des chercheurs. Le Dr John Orr, maître de conférences en structures en béton à l’Université de Cambridge, estime que l’on pourrait substituer en Inde “jusqu’à 10 % du sable du béton par du plastique”, un matériau caractérisé par la “même résistance et la même longévité”.

Les estimations suggèrent que 15 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque jour dans dans ce pays d’Asie du sud. Puisque le prix du sable ne fait que progresser, le recours au plastique devrait même diminuer les coûts dans le milieu de la construction. Selon le  Dr Orr, l’utilisation du plastique dans la fabrication du béton permettrait d’économiser 820 millions de tonnes de sable par an dans le deuxième pays le plus peuplé du monde.

Le Dr Orr et d’autres experts indiquent que les changements dans la conception des bâtiments constituent une solution à long terme plus viable. “Les structures sont fréquemment surdimensionnées – elles font appel à  trop de béton (…) Des économies de béton de l’ordre de 30 à 50 % sont possibles” ajoute-t-il. Un surdimensionnent qui n’est pas seulement l’apanage du BTP indien ou asiatique, on l’observe également au Royaume-Uni d’après le scientifique qui évolue à Cambridge.

Parmi les autres solutions potentielles au manque de sable, explique M. Beiser, auteur de The World in a Grain: The Story of Sand and How It Transformed Civilization, il y a le recours aux ressources écoresponsables, à l’image du bois issu de forêts gérées de manière responsable. “Ce n’est pas seulement que nous utilisons trop de sable, nous utilisons trop de tout” regrette Beiser.

En parallèle, d’autres recherches sont menées sur la possibile utilisation d’autres déchets tels que les vieux pneus de voiture déchiquetés ou le verre broyé.